Zéro Sucre : Danièle Gerkens nous parle de son nouveau livre

mis à jour par le 28/04/2017
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Danièle Gerkens, journaliste, est gourmande. Elle n’aime pas les régimes. Elle n’en a d’ailleurs jamais fait. Pourtant, pendant un an, Danièle Gerkens décide de ne plus manger de sucre raffiné. Elle a conservé les sucres lents dans son alimentation, mais fini, les sucres rapides : au revoir pâtisseries, desserts, chocolat, plats préparés et sucre dans le café.

Dans son livre Zéro Sucre, elle raconte son voyage dans le monde merveilleux du sans sucre ajouté, lorsqu’elle a réalisé le nombre de produits contenant du sucre sans que l’on se doute, toutes les difficultés qu’elle a rencontrées, et surtout les bienfaits qu’elle en a tirés.

L’équipe Ligne en Ligne lui a posé quelques questions.

 

Ligne en Ligne :

Présent partout, le sucre est sans aucun doute synonyme de plaisir pour beaucoup de gens. Arrêter le sucre, c'est donc, en quelque sorte, la privation ultime (la fin des desserts, du chocolat, etc). Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre une telle décision ? 

Danièle Gerkens :

C’est la conjonction de plusieurs facteurs qui m’a poussé à prendre cette décision.

J’avais pris du poids après un traitement de fertilité. En plus, je souffre d’un dérèglement thyroïdien [peut entraîner une prise de poids importante, NDLR]. Et puis, il y a déjà quatre cas de diabète de type 2 dans ma famille.

Parallèlement, le CEDUS (Centre d’Etudes et de Documentation du Sucre) a eu une réaction démesurée dans un article relatant les recherches de Serge Ahmed sur le potentiel addictif du sucre et de la cocaïne, qui m’a poussée à réagir.

Dans le monde anglo-saxon, le mouvement anti-sucre est déjà très développé, ce qui m’a intriguée. En tant que journaliste, on relaye des études, et c’est bien. Mais tester sur un cobaye « fiable », dans le sens où je saurai précisément ce qu’il ferait, (moi-même), c’est mieux.

J’ai voulu savoir ce que changeait une « vie sans sucre ajouté » afin d’en déduire quelles étaient les conséquences d’une consommation ou surconsommation de sucre.

 

LeL :

Vous dites que vous étiez gourmande, et que vos débuts ont donc été très difficiles. Des conseils pour gérer cette frustration initiale et "passer le cap" ?

Danièle Gerkens :

La volonté. Sans elle, c’est impossible car notre monde est littéralement envahi par le sucre.

Mais sinon, vous pouvez aussi manger des amandes et des noisettes. Pour moi, ce sont les meilleures amies qu’on puisse avoir pendant ce genre de régime. Les premières semaines, je les couplais avec des raisins secs.

Et puis, il faut être prêt tout le temps. Il faut toujours avoir des plans B sans sucre avec soi, car lorsqu’une envie vous taraude, les seuls produits disponibles contiennent des doses plus ou moins massives de sucre.

Ce qui m’aidait aussi, c’est de visualiser ce que représente notre consommation de sucre quotidienne. Lorsque j’ai pesé 100 g de sucre blanc et que je l’ai mis dans une assiette devant moi, que j’ai disposé 17 cubes de sucre dans une autre assiette, soit notre conso moyenne de 100 g par jour, j’ai réalisé ce que cela représentait.

Mon dernier conseil, c’est plus un passage obligé qu’un conseil : il faut se (re)mettre à la cuisine. Préparer des recettes avec des produits bruts, c’est le seul moyen d’éviter le sucre ajouté indûment.

 

LeL :

Quels ont été les bénéfices les plus remarquables sur votre santé ? A partir de combien de temps avez-vous observé ces résultats ?

DG :

Au bout de 3 semaines, j’étais déjà moins fatiguée, j’avais plus d’énergie et je n’avais plus jamais de coup de fatigue.

Au bout de 5 à 6 semaines, mon teint était plus lumineux, le blanc de mes yeux était plus blanc, ma peau plus propre et mes rides moins marquées. A l’intérieur, je digérais déjà bien mieux et je n’avais plus de ballonnements

Au bout de 3 à 4 mois, j’ai perdu du poids sans un effort. Visiblement, j’avais déjà une alimentation saine et équilibrée avant. J’ai des exemples de personnes autour de moi grosses consommatrices de sucre qui ont perdu jusqu’à 5 kg le premier mois.

Habituellement, je suis très sujette aux infections ORL. Au bout de 6 mois sans sucre, j’ai noté une nette diminution de mes infections : je suis passée de 10 sinusites avec cortisone et antibiotiques à 2 épisodes annuels.

Moi qui suis très allergique au pollen, au bout d’un an, j’ai noté une réduction drastique de mes problèmes respiratoires : je suis passée de quatre mois sous triple dose quotidienne d’antihistaminiques puissants à 3 semaines seulement.

 

LeL :

On dit souvent que le sucre appelle le sucre. Avez-vous réussi à le réintroduire en petite quantité depuis sans déraper ? En d'autre termes, peut-on avoir les bénéfices du ZERO sucre en prenant quand même un (tout) petit peu de sucre ?

DG :

Peut-on avoir les bénéfices du zéro sucre sans faire le zéro sucre ? Oui et non. Une chose est sûre : le sucre appelle le sucre. Plus vous en mangez, plus vous en mangerez car les circuits cérébraux de la récompense sensibles au sucre seront très activés, donc très sensibles. Par contre, moins vous en mangerez, mieux vous vous porterez. J’ai fait une expérience « extrême », même si tout est relatif. Je pense qu’en devenant « slow sugar », c’est à dire en mangeant du sucre seulement deux ou trois fois par semaine, il y a déjà de nets bénéfices. A condition, bien sûr, d’en faire une vraie hygiène de vie, un nouveau mode d’alimentation au long cours.

 

LeL :

Le dessert est souvent un moment de partage lors des repas. Comment assumer une telle démarche auprès de ses proches et amis ?

DG :

En ayant le courage d’aller contre les idées reçues. Pourquoi le dessert symboliserait-il plus le partage que l’entrée ou le plat ? Pourquoi faudrait-il finir toujours les repas sur une note sucrée ? Pourquoi serait-on malheureux sans un dessert ?

Passer slow sugar, c’est forcément mettre certaines personnes de votre entourage mal à l’aise. Notamment celles qui ont un souci d’addiction quel qu’il soit (sexe, alcool, tabac, nouvelles technologies…). Mais c’est aussi découvrir qu’on a assez de force intérieure pour remettre en cause les injonctions sociales et les rites.

On peut aussi se dire qu’on essaie d’être slow sugar et qu’on s’accorde un peu de sucre lors d’événements ou d’occasions. Par essence, ce ne sera pas quotidien.

Que faire avec ses proches et amis ?

S’ils sont réceptifs, positifs et encourageants, leur dire la vérité.

S’ils vous soutiennent un peu moins dans votre démarche, vous pouvez dire que vous vous inquiétez pour votre santé, ce qui ne sera pas un mensonge.

 

LeL :

Merci d’avoir répondu à nos questions, Danièle Gerkens. Un petit mot pour finir ?

DG :

J’ajouterai qu’aujourd’hui, s’interroger sur la place prise par le sucre dans notre société n’a rien d’une lubie hystérique.

Aux USA, 80 % des aliments industriels en contiennent. En Europe, on ne sait pas. On soupçonne qu’il y en ait dans 20 à 40 % des aliments.

Notre organisme ne diffère guère ou pas du tout de celui des hommes du paléolithique : il a du mal à métaboliser la nourriture industrielle et les quantités phénoménales de sucre que nous ingérons aujourd’hui. Et je ne parle pas du fructose pour lequel nous n’avons pas de récepteur… Que penser alors des doses massives de fruits sous forme de jus que nous buvons.

On sait qu’une surconsommation de sucre entraîne du surpoids, de l’obésité, du diabète de type 2, des maladies neurodégénératives de type Alzheimer (qualifié de plus en plus souvent de diabète de type 3)… Nos systèmes de santé ne pourront pas absorber le choc de ces maladies.

De plus en plus d’acteurs de la santé s’inquiètent de cette surconsommation de sucre. L’OMS recommande de ne pas dépasser 10 % des apports journaliers (soit 40 g de sucre), en préconisant de rester plutôt à 5 % (soit 20 g de sucre). En France, nous sommes à 100 g en moyenne, mais on sait parfaitement que les enfants, les ados et les jeunes adultes sont bien au-dessus. Le monde économique aussi s’inquiète. C’est le cas de banques comme le Crédit Suisse ou Morgan Stanley.

Alors que le sucre est magnifié comme jamais (émissions de télé, salons, pâtissiers stars), de plus en plus d’initiatives témoignent d’une prise de conscience slow sugar : pâtisseries spécialisées dans les desserts avec très peu de sucre, livre de cuisine (Conticini), documentaire comme celui de Anne-Sophie Lévy-Chambon (plus de 800 000 téléspectateurs mardi sur France 5)…

Zapper le sucré la majorité du temps est une manière facile de perdre du poids et d’aller mieux. Pour deux raisons : le sucre est présent dans les produits sucrés et sa présence est indiquée sur les étiquettes dans les produits non sucrés. De plus zapper le sucre, c’est de facto zapper le gras car le sucre est toujours accompagné de graisses de qualités médiocres (huiles hydrogénées, margarines, etc) dans les aliments industriels. Les éviter, c’est permettre à notre organisme d’aller mieux. Résultat, on perd du poids, notamment au niveau de la ceinture abdominale…

 

Découvrez Zéro Sucre, de Danièle Gerkens, ici.

 

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